Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.
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lundi 27 mai 2013

Yvonne Thomas Ganzo et Robert Ganzo.



Un dimanche, au 9 bis Rue de Magdebourg 75016
Dans leur studio, Yvonne Thomas-Ganzo et Robert enregistrent sur des cassettes des morceaux choisis.
Aussi, Sur une musique de Christiane Verger, Yvonne chante « Suicide »  de Robert Ganzo ;
"Le poète assassiné", et "l'attente"  (trois des chansons du poète).
Enfin, Robert Ganzo se lit lui-même, Laissant en terminant le micro à son épouse Yvonne qui dit de lui un "texte confus".


lundi 20 mai 2013

Serge Pey, fut applaudi ce matin lauréat du prix Robert Ganzo de poésie 2013.

Serge Pey
Étonnants Voyageurs

2013.


... Je partagerai avec lui, le désir que nous avons (parfois) de nous lever de façon insurrectionnelle contre les barbaries institutionnalisées qui amputent nos âmes et nos corps.

Serge Pey, à voix haute
Personnage grand format ! Parmi les poètes, proférateurs et rimeurs modernes, Serge Pey est à ce jour l’un de ceux dont le verbe porte le plus haut. Enfant de l’immigration et de la guerre civile espagnole, il est de tous les combats, militant contre la guerre de Vietnam, libertaire convaincu, en mai 68, qu’il prend comme une insurrection de la dimension poétique en chaque être. Poète, il sera, dès lors, avec passion, adepte de la performance scénique qui pour lui représente l’articulation entre écrit et oralité.
Partisan de la déclamation en tout lieu, il est l’un des représentants les plus déterminants et déterminés  de l’action poétique contemporaine. Ahuc : poèmes stratégiques 1985-2012, retrace l’ensemble de son parcours et permet de situer l’auteur à sa juste place dans la littérature contemporaine.

Ahuc : poèmes stratégiques 1985-2012
Edités en décembre 2012 aux éditions Flammarion ; on verra notamment comment l'influence surréaliste initiale s'y déploie selon une logique nouvelle, marquée par les arts ancestraux et les visions des peuples premiers. L'auteur a également tenu à enluminer son livre : une cinquantaine d'inscriptions et de dessins viennent ainsi enrichir ses poèmes, de toute leur lumière matérielle.
Saint-Malo : Etonnants Voyageurs 18/19/20 mai 2013.



vendredi 17 mai 2013

Le Prix Robert Ganzo (1898-1995) de poésie sera attribué cette année à Serge Pey.


("Portrait de Robert Ganzo" eau-forte de Jacques Villon (1957) ;
 "La Vénus de Lespugue", photo RMN)
Sous la houlette du festival international du livre et du film produit par l’association «Étonnants voyageurs».
La remise du Prix Robert Ganzo 2013 aura lieu le lundi 20 mai à 10h15, à la Rotonde Surcouf.

Le Prix Robert Ganzo de poésie est décerné par la Fondation Robert Ganzo, sous l’égide de la Fondation de France, et ce grâce à la donation de son épouse Yvonne Thomas Ganzo aujourd’hui décédée.
Ce prix est pérenne et a été octroyé pour la première fois en avril 2007, sous la houlette du festival international du livre et du film produit par l’association « Étonnants voyageurs».

Robert Ganzo, l’amant de la Vénus de Lespugue

Sept poèmes suffisent à jucher un poète au plus haut. De grands poèmes d'une pureté cristalline et d'une densité sans équivalent. Mais il n'en a fallu pas plus de sept de cette encre pour constituer l'œuvre du vénézuélien Robert Ganzo (1898-1995). Ils s'intitulent "Orénoque", "Rivière", "Lespugue", "Domaine", "Langage", "Colère", Résurgences" et ils ont été écrits entre 1937 et 1954 et publiés dans des tirages confidentiels. Gallimard en avait édité le recueil en 1997 sous le titre L'œuvre poétique toujours disponible.
Ne partez pas sans emporter un poème, pour la route. Pourquoi pas le plus fréquemment cité, Lespugue, ainsi nommé d'après ce désormais fameux hameau perdu en Haute-Garonne où l'on découvrit un chef d'œuvre de l'art préhistorique, une statuette aurignacienne en ivoire de mammouth dite "Dame de Lespugue" ou encore "Vénus de Lespugue". Robert Ganzo avait entretenu un long commerce avec l'art pariétal, les armes de ce temps, les rêves de ces premiers hommes, jusqu'à en être l'intime. Son poème puise sa tension dans cette très ancienne imprégnation autant que dans la présence à ses côtés de sa compagne et dédicataire en ces premiers mois de 1940 :

"(...) Le Jour. Regarde. Une colline/ répand jusqu'à nous des oiseaux, / des arbres en fleurs et des eaux/ dans l'herbe verte qui s'incline. / Toi, femme enfin -chair embrasée-/ comme moi tendue, arc d'extase, / tu révèles soudain ta grâce/ et tes mains soûles de rosée (...)

Tes yeux appris aux paysages/ je les apprends en ce matin, / immuable à travers les âges/ et sans doute à jamais atteint. / Déjà les mots faits de lumière/ se préparent au fond de nous;/ et je sépare tes genoux, / tremblant de tendresse première.

(...) Où finis-tu ? La terre oscille ; / et toi, dans le fracas de monts, / déjà tu renais des limons,/ un serpent rouge à la cheville ;/ femme, tout en essors et courbes/ et tièdes aboutissements,/ lumière, et nacre, ombres et tourbes/ faites de quels enlisements?"

(...) Ton torse lentement se cambre/ et ton destin s'est accompli. / Tu seras aux veilleuses d'ambre/ de notre asile enseveli,/ vivante après nos corps épars,/ comme une présence enfermée,/ quand nous aurons rendu nos parts/ de brise, d'onde et de fumée".


Bibliographie sur Robert Ganzo.

En 2005 est parue aux éditions du Castor Astral une biographie du poète sous la plume de Pierre Citron.
En 2009 une deuxième biographie du poète parait sous la plume de Robert Maillard aux éditions Slatkine (Genève) avec une préface de B. Mermod, ainsi qu’une documentation (noirs et couleurs)


Serge Pey :

Serge Pey est un écrivain et poète français né à Toulouse le 6 juillet 1950. Il a créé une revue nommée Émeute en 1975, suivie de Tribu en 1981. Avec Los Afiladores : les aiguiseurs de couteaux, il met en œuvre la poésie d'action-Flamenco. Maître de conférences à l’université de Toulouse-Le Mirail, Serge Pey dirige le séminaire de poétique d’action et l’atelier de poésie du CIAM. Créateur de situations, il rédige ses textes sur des bâtons avec lesquels il réalise ses scansions, ses performances et les rituels de ses poèmes d'action. Poète de la rupture des frontières de l’art, plasticien, théoricien et critique, il explore les phénomènes de ritualisation du langage dans la pratique orale du poème.

Extraits sur Youtube: (cliquer sur le lien ci-devant).

Un livre : Le trésor de la guerre d’Espagne de Serge Pey, éditions Zulma.
« Il y a un tel bonheur de conter chez Pey qu’on ne peut s’empêcher de se délecter de chacun de ces épisodes tragiques ou pathétiques. Rarement une écriture aura rendu avec une telle intensité la mémoire à la vie ».


http://www.zulma.fr/livre-le-tresor-de-la-guerre-despagne-572005.html


vendredi 10 mai 2013

Robert Ganzo : « Entre fleuve et pierre »


Le Matricule des anges sur Robert Ganzo :
Revue n° 037
(Décembre 2001-février 2002).

« J'ai connu l'homme tardivement, peu d'années avant sa mort, mais à quatre-vingt-quinze ans, il restait d'une vitalité et d'une présence étonnante, aux gestes vifs, à l'attention jamais démentie. L'écriture était ferme. Il continuait à fumer la pipe, travaillait encore à un futur poème. Il ressemblait un peu, par la densité, à ces pierres qu'il ramassait dans les forêts et dont il était convaincu qu'elles évoquaient des têtes humaines ou figuraient des profils qu'il identifiait. Des deux placards, dans son appartement proche du Trocadéro, l'un recelait ses livres les plus précieux, tandis que l'autre, fermé à clef comme un trésor, contenait sa collection de pierres choisies pour leurs formes insolites, anthropomorphiques ou pour leurs dessins gravés par les millénaires et dont il aimait traduire le graphisme sur une feuille qu'il vous donnait en partant. Face à ce monde lithique, il y avait en lui, préservé jusqu'au dernier souffle, cet émerveillement de l'enfant qui reste le secret du poète ».
Franck Venaille.

Poète et résistant, Robert Ganzo (1898-1995) fut un continuateur conséquent du courant Mallarmé-Valéry. Ami des peintres et des poètes, il fut frappé de fièvre lithique et, passionné par la préhistoire, devint aussi celui des pierres.
Robert Ganzo incarnait ce paradoxe d'avoir été danseur à Bruxelles -il publiera en 1930 Du dancing ou le danseur sentimental- avant de devenir bouquiniste puis libraire à Paris, rue de Vaugirard, d'être né à Caracas, en 1898, mais d'être poète français, de se vouloir peintre à ses heures. "Je suis un peintre préhistorique" aimait-il dire et d'avoir fini par délaisser la poésie pour remonter précisément vers la préhistoire dont il se fit le théoricien rebelle... Comme si, après avoir descendu le fleuve Orénoque dans l'un de ses plus beaux poèmes, il en avait remonté le cours jusqu'aux sources les plus secrètes de l'humanité. Mais, après tout, la danse peut être une poésie en mouvement et la préhistoire une face cachée de la poésie : celle-ci pour lui était une rêverie qu'il tentait, au grand dam des spécialistes, d'arrimer dans une cale qu'il voulait théorique sans en renier la poésie.
Peut-être est-ce cette diversité de talents, toujours mal vue en France, qui l'empêcha d'accéder à une plus vaste audience : Robert Ganzo, poète, aura frôlé le renom sans jamais connaître le véritable succès et ce malgré une très longue existence de quatre-vingt-dix-sept ans.
S'il ne fut pas célèbre, Ganzo ne fut pas ignoré. Ses pairs le reconnurent. Si Valéry s'inquiétait un peu de ce titre d'Orénoque que Ganzo donna à l'un de ses recueils, il ne lui ménagea ni son estime ni son attention. Léon-Paul Fargue préfacera dès 1938 ses Sept chansons pour Agnès Capri où le poète renoue avec la tradition de la chanson populaire au même moment que Desnos et Prévert.

Comment ne pas rappeler au passage que Ganzo fut un des poètes dont les républicains espagnols récitaient les strophes ci-dessous :
TRACTS, Ed. Jean Aubier 1947

"Mais c'est si loin Shanghai/ et c'est si loin Madrid/ que ce grand cri vous ne puissiez l'entendre" (Aux égarés).

De même qu'en ces années, ce qui deviendra le poème Tubize est récité, en France, dans les usines en grève :

"Dans cette usine ça sent l'éther/ et dans l'éther peinent les filles."

Certes ces quelques titres n'auraient pas suffi à faire de Robert Ganzo un poète de haut rang, ce qu'il est indubitablement. Entre 1937 et 1954, paraît l'essentiel de son œuvre poétique : un maigre volume (une centaine de pages) mais d'un superbe éclat et d'une rare densité. Œuvre en deux temps qui naît avec Orénoque (1937), se poursuit avec Lespugue (1940), Rivière (1941), Domaine (1942) et reprend après-guerre avec Langage (1947), Colère (1951) et Résurgences (1954) qui marque en quelque sorte son éloignement de la poésie.

En plus d'un sens, Robert Ganzo est l'un des très rares continuateurs authentiques du courant Mallarmé-Valéry, mais en plus cosmique et mêlant superbement ellipses et correspondances le classicisme et la modernité. Lespugue qui paraît l'année où Lascaux est découvert, est sans doute le premier grand poème inspiré par la préhistoire, rencontre ou remontée vers la femme première, à la fois humaine et cosmique :

"Ta chair immense que j'étreins/ riait et pleurait dans ma moelle, / et je trouve, au fond de tes reins/ la chute sans fin d'une étoile."

Robert Ganzo en 1917
Don de Mme Catherine Henri Ménassé.

Lire l’article en entier :
Le matricule des anges