Inauguré en juin 1903, cet hôtel de 359 chambres (dont dix neuf sont offertes aux indigents) plus une suite "Françoise Sagan" fut revisité par les architectes en 1920 dans un style « Art déco ». Il est situé au cœur même de la ville dans un cadre reposant et magnifique bordé de jardins.
Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.
mercredi 9 octobre 2013
mardi 8 octobre 2013
Au salon Arletty
« Il n’y a pas fort longtemps que monsieur de Lanty
possède cet hôtel ?
- Si fait. Voici bientôt dix ans que le maréchal de Garigliano
le lui a vendu…
- Ah !
- Ces gens-là doivent avoir une fortune immense ?
- Mais il le faut bien.
- Quelle fête ! Elle est d’un luxe insolent.
- Les croyez vous aussi riche que le sont monsieur de
Nucingen ou monsieur de Gondreville ?
- Mais vous ne savez donc pas ? »
…
Personne ne savait de quel pays venait la famille de Lanty,
ni de quel commerce, de quelle spoliation, de quelle piraterie ou de quel
héritage provenait une fortune estimée à plusieurs millions. Tous les membres
de cette famille parlaient l’italien, le français, l’espagnol, l’anglais et
l’allemand, avec assez de perfection pour faire supposer qu’ils avaient dû
longtemps séjourner parmi ces différents
peuples. Etaient-ce des bohémiens ? Étaient-ce des flibustiers ?
« Quand ce serait le diable ! disaient de jeunes
politiques, ils reçoivent à merveille. »
« Le comte de Lanty eût-il dévalisé quelques Casauba, j’épouserais bien sa fille ! » s’écriait un
philosophe.
Qui n’aurait épousé Marianina, jeune fille de seize ans,
dont la beauté réalisait les fabuleuses conceptions des poètes orientaux ?
Extrait de « Sarrasine »
Extrait de « Sarrasine »
De Balzac
Editions Libretti
Coût 1,50€
vendredi 4 octobre 2013
samedi 31 août 2013
Avant ton anniversaire
Avant ton anniversaire,
J’irai fleurir de visnages
Ta robe pourpre
Et ta tunique moirée
Avant ton anniversaire,
De petits étendards colorés agitent déjà
De petits étendards colorés agitent déjà
Les ailes frémissantes des messagers.
Avant ton anniversaire
Il me faudra rire, rire et pleurer
Réciter de courts mantras tibétains
Avant ton anniversaire
...
...
lundi 26 août 2013
"je parle des instants les plus intenses de nos vies"
« Les images
oniriques ont quelque chose des galets qui sont dans l’eau. Qui brillent sous
l’onde glacée qui file entre les menthes. Leur beauté fait qu’on se penche. On
ne résiste pas à l’envie de s’agenouiller dans l’odeur merveilleuse qui s’élève
des petites feuilles dentelées et duveteuses des menthes qu’on écrase au-dessus
de l’Yonne. On roule la manche plus haut que le coude. On plonge la main dont
la chair se met à frémir de froid.
Les doigts glacés et
blancs cueillent ces pierres au fond de la transparence ; ils les rapportent à
la lumière ; l’eau en dégoutte ; l’air les assombrit ; les yeux se découragent
; je parle des instants les plus intenses de nos vies ; leur attrait se dérobe
; nous ne savons plus ce que ces pierres qui chatoyaient voulaient nous dire ;
on ne sait plus pourquoi, spontanément, on s’était mis à genoux ».
Pascal Quignard. La
barque silencieuse.
Le petit appartement du rez-de-chaussée (nouvellement aménagé).
Mme Hume
« Ne vous inquiétez pas s’il se conduit de façon un peu
bizarre. Il s’emporte souvent, mais ça
ne signifie pas grand-chose. Les dernières semaines ont été pénibles pour lui. L’homme
qui s’occupait de lui pendant trente ans est mort en septembre, (dernier) et il
a de la peine à si faire. »
Mme hume me fit signe
de m’assoir sur le canapé
Un silence
…
Emmett Fogg, disait le vieillard, en crachant les mots avec
mépris. Quelle sorte de nom est-ce là ?
-M. S. Fogg, répliquai-je. M. comme Marco, S. comme Stanley.
- Ca ne vaut pas mieux.
C’est même pire. Comment allez-vous arranger ça, jeune homme ?
- Je ne vais rien arranger du tout. Mon nom et moi avons
vécu beaucoup de choses ensemble, et avec le temps je m’y suis attaché. »
Monsieur Effing ricana, une sorte de rire grognon qui
paraissait écarter le sujet une fois pour toutes. Aussitôt après, il se
redressa dans son fauteuil. La rapidité de transformation de son apparence fut
surprenante. Il ne ressemblait plus à un demi-cadavre comateux perdu dans une rêverie
crépusculaire ; tout en nerfs et en attention, il était devenu une petite
masse effervescente de force ressuscitée.
…
Il se pencha en avant sur son siège, comme pour m’indiquer
que l’entrevue allait commencer pour de bon. Malgré les caches noirs sur ses
yeux, son regard était dirigé droit vers moi. « Répondez-moi, monsieur
Fogg, êtes vous un homme de vision ? »
- je croyais l’être, mais je n’en suis plus tellement
certain.
- quand vous avez un objet devant les yeux, êtes vous
capable de l’identifier ?
- la plupart du temps, oui. Mais dans certains cas c’est
assez difficile.
- par exemple ?
-par exemple, j’ai parfois la peine à distinguer les hommes
des femmes dans la rue. Tant de gens ont maintenant les cheveux longs, un coup
d’œil rapide ne renseigne pas toujours. Surtout si l’on a affaire à un homme féminin ou à une femme
masculine. Les signaux peuvent être
plutôt confus.
-et quand vous êtes en train de me regarder, quels sont les
mots qui vous viennent à l’esprit ?
- je dis que je regarde un homme assis dans un fauteuil
roulant.
-un vieil homme ?
- oui, un vieil homme.
- un très vieil homme ?
- oui, un très vieil homme
…
Moon Palace
De Paul Auster
Le Livre de Poche
6,60 €
Le petit appartement du rez-de-chaussée
- Avez-vous remarqué quelque chose de particulier à mon
propos jeune homme ?
- Les caches sur vos yeux, sans doute. Et le fait que vos
jambes paraissent paralysées.
- Oui, oui, mes infirmités. Elles sautent aux yeux n’est-ce
pas ?
- D’une certaine manière, oui.
- Et qu’avez-vous conclu au sujet des caches ?
- Rien de précis. J’ai d’abord cru que vous étiez aveugle,
mais ce n’est pas nécessairement évident. Si on ne voit pas pourquoi prendre la
peine de se protéger la vue ? Ca n’aurait donc aucun sens, donc, j’envisage d’autres possibilités. Les
caches dissimulent peut-être quelque chose de pire que la cécité. Une
difformité hideuse, par exemple. Ou bien vous venez d’être opéré, et vous devez
les porter pour des raisons médicales. D’autre part, il se pourrait que vous
soyez parfaitement aveugle et que la forte lumière vous irrite les yeux. Ou qu’il
vous plaise de les arborer pour eux-mêmes, parce que vous les trouvez jolis. Il
y a des quantités de réponses possibles à votre question. Pour le moment je ne
dispose pas d’assez d’informations pour dire quelle est la bonne. À vrai dire,
la seule chose dont je suis sûr est que vous portez des caches noirs sur les
yeux. Je peux affirmer qu’ils sont là, mais je ne sais pas pourquoi ils sont
là.
- autrement dit, vous ne considérez rien comme acquis ?
- cela peut-être dangereux. Il arrive souvent que les choses
soient différentes de ce qu’on croit, et on peut s’attirer des ennuis en se
faisant une opinion à la légère.
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Moon Palace
De Paul Auster
Le Livre de Poche
6,60 €
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