Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.

dimanche 20 janvier 2013

A Stane.


Bonsoir !
Je patauge, je hennis, je… Renâcle, je renifle ; je brai,
Suis de garde ce weekend, auprès d’une Grand-mère centenaire 
(cousine d’Attila).
Batterie d’auto fichue enrhumée comme à chaque hiver, comment vais-je faire pour  me déplacer mardi prochain ?
Eh ben zut.
En réalité je m’en fou ! Et c’est tant mieux.
Youpi-Youpa ! Ah !
En cadence, en dansant.
Je vous embrasse chacun très fort !
Bises MON
Stane.
Bises à Florence

Tiens, prenez une chambre d’hôtel ici ; demandez le concierge.

Que du beau linge.
J’ai des crevettes aux doigts.

Eugène Ferdinand Victor Delacroix Attila (fragment).


mercredi 16 janvier 2013

La grande galerie Léona présente: « Le point » de Marylin Rolland


Apres avoir présenté l’œuvre vive de Rémi lombardot ; son magnifique travail, voici l’extraordinaire et singulier ouvrage d’art que sont entre autres les vidéos (planches d’architecture) de Marylin Rolland.

lundi 14 janvier 2013

L'autre jardin.

Copyright: Circo de los Muchachos (Orense) 
Espagne.

Le déserteur


Elle.- Tu veux une mèche de cheveux ?
Lui.- Pour quoi faire ?
Elle.- Pour te protéger.
Lui.- (est surpris ; les filles ont des idées qu’on ne saisit pas toujours)
Comme tu veux.
Elle.- (sort de son sac de petits ciseaux, coupe une mèche de ses cheveux et la lui donne ; il la garde entre ses mains…) Place-là dans ton portefeuille.
Lui.- j’ai un porte-monnaie.
Elle.- Attends, j’ai une idée.
Elle s’échappe.
Lui.- (regarde la mèche) J’avais jamais vu qu’elle était aussi blonde.
Passe un officier à qui il fait le salut militaire.
Elle.- (revient en courant ; elle ouvre une petite boite) prends. Il faut manger tous les bonbons si on veut se servir de la boite.
Lui.- (prend une poignée de bonbons ; a du mal à parler) on ne pourra pas tout manger.
Elle court à l’autre bout de la gare et verse ce qui reste de bonbons dans les mains des clochards        et revient vers lui. Elle lui tend la boite. Il y dépose la mèche.
Ça va être tout collé.
Elle- Tant mieux… tu ne la perdras pas…
Elle éclate en sanglots. Il la prend contre lui.
J’entends ton cœur…
Lui.- (bas) il est à toi.
Elle.- On raconte que toujours… on vous emmène dans des bordels.
Lui.- Je n’irai pas : j’ai ta photo sur moi.
Elle.- j’aime tellement dormir dans tes bras.
Lui.- Ne  dis pas cela…
Elle.- Je veux être ta femme.
Lui.- Dès que je reviendrai.
Elle.- J’ai trop peur pour toi…
Lui.- Ne dis pas cela.
Elle.- Pour nous deux.
Lui.- Viens !
Il ramasse son balluchon.
Elle- (regardant le tableau) Ce n’est pas encore l’heure.
Lui.- On rentre.
Elle.- Tu vas être déserteur ?!
Lui.- On verra…
Ils partent enlacés. Tristes. Si tristes. Adam et Ève chassés.


Le déserteur (extrait)
Les pas perdus
De Denise Bonal
A lire, à jouer, à goûter sans modération.
Editions théâtrales
Prix : 13,95 €





Un des ressorts fondamentaux de la poésie est de se servir des mots pour aller au-delà d’eux


Il y a dans l’usage que font les sages de la parole une tentative de transmettre des pensées qui excédent le langage. Ils cherchent à faire craquer les termes de la langue, les retournant contre eux-mêmes, les entrechoquant les uns aux autres, les faisant jouer entre eux d’une manière très proche de celles des poètes. Un des ressorts fondamentaux de la poésie est de se servir des mots pour aller au delà d’eux, ailleurs que là ou ils semblent mener.

Roger-Pol Droit : Les Héros de la sagesse aux éditions Flammarion.
Coût 9€.

lundi 7 janvier 2013

Suite Françoise Sagan


PERSONNAGES
RANIEVSKAÏA LIOUBOV ANDRÉÏEVNA, propriétaire.
ANIA, sa fille, dix-sept ans.
VARIA, sa fille adoptive, vingt-quatre ans.
GAÏEV LÉONID ANDRÉÏEVITCH, frère de Mme Ranievskaïa.
LOPAKHINE ERMOLAÏ ALEKSÉÏEVITCH, marchand.
SIMEONOV-PICHTCHIK BORIS BORISSOVITCH, propriétaire.
FIRS, valet de chambre, quatre-vingt-sept ans.



LOPAKHINE. – Oui, le temps passe.
GAÏEV. – Quoi ?
LOPAKHINE. – Je dis le temps passe.
GAÏEV. – Ici, ça sent encore le patchouli.
ANIA. – Je vais aller dormir. Bonne nuit, maman.
(Elle embrasse sa mère.)
MME RANIEVSKAÏA. – Chère petite adorée. (Elle lui
baise les mains.) Tu es heureuse d’être à la maison ! Moi, je n’en reviens pas encore.
ANIA. – Bonjour, mon oncle.
GAÏEV, (il l’embrasse et lui baise les mains.) – Dieu te garde, mignonne ! Comme tu ressembles à ta mère ! (À Mme Ranievskaïa.) À son âge, Liouba, tu étais exactement ainsi.
(Ania tend la main à Lopakhine et à Pichtchik. Elle sort et ferme la porte derrière elle.)
MME RANIEVSKAÏA. – Elle est très fatiguée.
PICHTCHIK. – C’est que le voyage est long.
VARIA, à Lopakhine et Pichtchik. – Messieurs, il est
trois heures, il faut se retirer.
MME RANIEVSKAÏA, riant. – Toujours la même, Varia.
(Elle l’attire à elle et l’embrasse.) Je vais prendre mon café
et nous nous en irons tous dans nos chambres. (Firs lui
glisse un tabouret sous les pieds) Merci, mon bon. J’ai
pris l’habitude du café. J’en bois jour et nuit. Merci, Firs.
(Elle lui baise le front.)
VARIA. – Il faut aller voir si tous les bagages sont là.
MME RANIEVSKAÏA. – Est-il possible que je sois ici !
… (Elle rit.) Je voudrais sauter, battre des mains… (Elle se
couvre le visage de ses mains.) Est-ce que je ne rêve
pas ?… Dieu le sait, j’aime tendrement mon pays ! Je ne
pouvais regarder par la portière sans pleurer… (Elle
pleure.) Allons, il faut prendre notre café ! Merci, Firs ;
merci, mon bon. Je suis si heureuse de te retrouver en vie.

Anton Tchékhov
La Cerisaie. (Extrait)