Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.
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mardi 14 janvier 2014

Le retour de la famille Raniévski au « Grand hôtel » suite Françoise Sagan.


Mme raniévski :
Abattre la cerisaie ! Pardon, mon cher, vous n’y entendez rien ! S’il y a dans toute la province quelque chose d’intéressant, de remarquable, c’est notre cerisaie
Lopâkhine :
Il n’y a de remarquable dans votre cerisaie que son étendue ; il n’y a de cerises que tous les deux ans et alors même on ne sait qu’en faire ; personne ne veut les acheter
Gâiév :
Même dans le dictionnaire encyclopédique, il est parlé de cette cerisaie !
Lopâkhine, consultant sa montre
Si nous ne trouvons rien, si nous ne nous arrêtons à rien, la cerisaie, et tout le bien, seront vendus aux enchères ; décidez donc ! il n’y a pas d’autre issue, je vous le jure. Aucune !
Firss :
Autrefois, il y a quarante ou cinquante ans, on faisait sécher les cerises ; on les conservait dans l’eau, dans le vinaigre ; on en faisait des confitures ; il arrivait…
Gâiév :
Tais-toi, Firss
Firss :
Il arrivait qu’on en envoyait à Moscou et à khârkov des charrettes entières de cerises sèches. Ca faisait de l’argent. Et les cerises alors étaient douces, juteuses, parfumées ; on savait la manière de les préparer.
Mme Raniévski :
Et qui en a la recette aujourd’hui ?
Firss :
On l’a oubliée ; personne ne la sait plus.

Anton Tchékhov
La Cerisaie. (Extrait)



lundi 8 avril 2013

Notre nouvelle salle à manger est une salle à manger Masson recrée pour notre suite "Françoise Sagan"



Cette salle à manger art nouveau (Musée de l'Ecole de Nancy)
Salle à manger Masson date des années 1903-1906
Eugène Vallin (1856-1922), architecte, concepteur du mobilier
Victor Prouvé (1858-1943), sculpture de la cheminée, panneaux de cuir à décor de rosiers, plafond peint sur toile marouflée.
Acajou blond, cuir repoussé peint et doré, verre soufflé-moulé, bronze, peinture sur toile.
Cette salle à manger a été commandée à Eugène Vallin par Charles Masson, beau-frère d'Eugène Corbin pour son appartement de Nancy.
C'est l'ensemble le plus complet du musée, il a été donné par la veuve Marie Masson en 1938.
Crédit photo:

mardi 2 avril 2013

La salle à manger de la suite Françoise Sagan.

La salle à manger est fermée pour travaux.
Photographies non disponibles

Notre suite « Françoise Sagan » va supporter quelques travaux d’innovations. Nos amis russes nous quittent pour quelques temps. Elle sera habitée en mai prochain par le poète Robert Ganzo et son épouse.

mardi 5 mars 2013

Suite Françoise Sagan


PERSONNAGES
RANIEVSKAÏA LIOUBOV ANDRÉÏEVNA, propriétaire.
ANIA, sa fille, dix-sept ans.
VARIA, sa fille adoptive, vingt-quatre ans.
GAÏEV LÉONID ANDRÉÏEVITCH, frère de Mme Ranievskaïa.
LOPAKHINE ERMOLAÏ ALEKSÉÏEVITCH, marchand.
SIMEONOV-PICHTCHIK BORIS BORISSOVITCH, propriétaire.
FIRS, valet de chambre, quatre-vingt-sept ans.


Lopâkhine :
Tenez, Lioubov Andréiévna, votre frère Léonide Andréitch dit que je suis un manant, un accaparateur ; mais ça m’est entièrement égal. Je voudrais seulement que vous eussiez confiance en moi comme autrefois, que vos yeux extraordinaires, émouvants, me regardassent comme jadis.    Dieu miséricordieux ! Mon père était serf de votre grand-père et de votre père ; mais vous avez tant fait pour moi que j’ai oublié tout cela ; je vous aime comme quelqu’un de proche, plus que proche…
Mme Raniévski :
Je ne puis tenir en place. (Elle se lève et marche avec agitation.) Je ne pourrai survivre au bonheur d’être de retour. Moquez vous de moi ; je suis folle… : cette chère petite armoire ! (elle l’embrasse.) Cette chère petite table !...
Gâiév :
En ton absence, Lioûba, notre vieille bonne est morte.
             Mme Raniévski, s’assied et boit son café.
Dieu ait son âme! On me l’a écrit.
Gâiév :
Anastase, lui aussi, est mort. Petrouchka, le bigle, ma quitté. Il est maintenant en ville chez le commissaire
(Il tire de sa poche une boite de caramels et en prend un.)
Pîchtchik :
Ma fille Dâchenka m’a chargé de vous saluer…
Lopâkhine :
Je voudrais vous dire quelque chose de très agréable,  de réconfortant… (Il regarde sa montre.) Il faut partir, je n’ai pas le temps de beaucoup parler… enfin, en deux ou trois mots… vous savez que votre cerisaie va se vendre le 22 aout ;  c’est la date fixée. Mais ne vous inquiétez pas, chère madame ; dormez tranquille ; l’affaire n’est pas sans issue… j’ai un projet ; écoutez moi. Votre propriété n’est qu’a vingt verstes de la ville ; le chemin de fer la traverse maintenant et, si on lotit votre cerisaie et la terre qui longe la rivière pour y construire des villas, vous n’en tirerez pas moins de 25 000 roubles par an.

Anton Tchékhov
La Cerisaie. (Extrait)

lundi 7 janvier 2013

Suite Françoise Sagan


PERSONNAGES
RANIEVSKAÏA LIOUBOV ANDRÉÏEVNA, propriétaire.
ANIA, sa fille, dix-sept ans.
VARIA, sa fille adoptive, vingt-quatre ans.
GAÏEV LÉONID ANDRÉÏEVITCH, frère de Mme Ranievskaïa.
LOPAKHINE ERMOLAÏ ALEKSÉÏEVITCH, marchand.
SIMEONOV-PICHTCHIK BORIS BORISSOVITCH, propriétaire.
FIRS, valet de chambre, quatre-vingt-sept ans.



LOPAKHINE. – Oui, le temps passe.
GAÏEV. – Quoi ?
LOPAKHINE. – Je dis le temps passe.
GAÏEV. – Ici, ça sent encore le patchouli.
ANIA. – Je vais aller dormir. Bonne nuit, maman.
(Elle embrasse sa mère.)
MME RANIEVSKAÏA. – Chère petite adorée. (Elle lui
baise les mains.) Tu es heureuse d’être à la maison ! Moi, je n’en reviens pas encore.
ANIA. – Bonjour, mon oncle.
GAÏEV, (il l’embrasse et lui baise les mains.) – Dieu te garde, mignonne ! Comme tu ressembles à ta mère ! (À Mme Ranievskaïa.) À son âge, Liouba, tu étais exactement ainsi.
(Ania tend la main à Lopakhine et à Pichtchik. Elle sort et ferme la porte derrière elle.)
MME RANIEVSKAÏA. – Elle est très fatiguée.
PICHTCHIK. – C’est que le voyage est long.
VARIA, à Lopakhine et Pichtchik. – Messieurs, il est
trois heures, il faut se retirer.
MME RANIEVSKAÏA, riant. – Toujours la même, Varia.
(Elle l’attire à elle et l’embrasse.) Je vais prendre mon café
et nous nous en irons tous dans nos chambres. (Firs lui
glisse un tabouret sous les pieds) Merci, mon bon. J’ai
pris l’habitude du café. J’en bois jour et nuit. Merci, Firs.
(Elle lui baise le front.)
VARIA. – Il faut aller voir si tous les bagages sont là.
MME RANIEVSKAÏA. – Est-il possible que je sois ici !
(Elle rit.) Je voudrais sauter, battre des mains… (Elle se
couvre le visage de ses mains.) Est-ce que je ne rêve
pas ?… Dieu le sait, j’aime tendrement mon pays ! Je ne
pouvais regarder par la portière sans pleurer… (Elle
pleure.) Allons, il faut prendre notre café ! Merci, Firs ;
merci, mon bon. Je suis si heureuse de te retrouver en vie.

Anton Tchékhov
La Cerisaie. (Extrait)

mercredi 12 décembre 2012

Suite Françoise Sagan

Photographie de Tchékhov en 1901

Vâria
Douniâcha, du café, vite ! Mère demande du café.
Douniâcha
Tout de suite.
                                                                    (Elle sort.)
Vâria
Enfin nous voilà arrivées, dieu merci !te voilà revenue ! (la caressant.) Ma chérie est revenue, ma belle !
Ania
Ce que j’en ai vu, Vâria !
Vâria
Je me figure.
Ania
Quand je suis partie, cette semaine d’avant Pâques, il faisait très froid. Charlotte toute la route n’a cessé de parler, et de faire des tours de passe-passe…  pourquoi m’as-tu empêtrée de cette Charlotte, Vâria ?
Vâria
A dix-sept ans, tu ne pouvais pourtant pas t’en aller toute seule à l’étranger.
Ania
Nous arrivons à paris, il faisait froid ; il y avait de la neige. Je parle atrocement le français. Maman habite le cinquième étage. Je trouve chez elle des français, des dames, un vieux prêtre, tenant un livre. Partout de la fumée de tabac ; aucun confort… j’ai eu soudain pitié de maman ; j’ai pris sa tête dans mes mains et ne pouvais plus la lâcher. Puis, maman m’a caressé, a pleuré…
Vâria, les larmes aux yeux.
Tais-toi, ne racontes plus !

Anton Tchékhov
La Cerisaie. (Extrait)

samedi 24 novembre 2012

Suite Françoise Sagan


Épikhôdov
Le jardinier envoi des fleurs pour la salle à manger.
Lopâkhine, (à Douniâcha)
Apporte-moi le kvass.
Douniâcha 
Bien, monsieur
Épikhôdov
Trois degrés, de la gelée blanche, et les cerisiers en fleur !
Je ne saurai approuver notre climat ! (il soupire.)
Douniâcha 
Épikhôdov, il faut que je vous l’avoue, Iermolaï  Alexéitch, Épikhôdov m’a fait une demande en mariage.
Lopâkhine
Ah !
Douniâcha 
Je ne sais que faire…  C’est un homme doux, mais souvent, quand il vous parle,  on ne comprend rien.
Ce qu’il dit est touchant et bien ; mais on ne comprend pas. Je crois qu’il me plait. Il m’aime à la folie ; mais c’est un homme à malheurs ; tous les jours, il lui arrive quelque chose ; on l’a surnommé Vingt-Deux-Malheurs.

Anton Tchékhov

La Cerisaie. (extrait)