Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.

vendredi 1 février 2013

Lettres à un jeune poète.


Cher Monsieur,
Votre lettre vient à peine de me parvenir. Je tiens à vous en remercier pour sa précieuse et large confiance. Je ne peux guère plus. Je n’entrerai pas dans la manière de vos vers, toute préoccupation critique m’étant étrangère. D’ailleurs, pour saisir une œuvre d’art, rien n’est pire que les mots de la critique. Ils n’aboutissent qu’à des malentendus plus ou moins heureux. Les choses ne sont pas toutes à prendre ou à dire, comme on voudrait nous le faire croire. Presque tout ce qui arrive est inexprimable et s’accomplit dans une région que jamais parole n’a foulée. Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d’art, ces êtres secrets dont la vie ne finit pas et que côtoie la nôtre qui passe.
Ceci dit, je ne puis qu’ajouter que vos vers ne témoignent pas d’une manière à vous. Ils n’en contiennent pas moins des germes de personnalité, mais timides et encore recouverts. Je l’ai senti surtout dans votre dernier poème : Mon âme. Là quelque chose de propre veut trouver issue et forme. Et tout au long du beau poème À Léopardi monte une sorte de parenté avec ce prince, ce solitaire. Néanmoins, vos poèmes n’ont pas d’existence propre, d’indépendance, pas même le dernier, pas même celui à Léopardi. Votre bonne lettre qui les accompagnait n’a pas manqué de m’expliquer mainte insuffisance, que j’avais sentie en vous lisant, sans toutefois qu’il me fût possible de lui donner un nom.
Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez déjà demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d’autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m’avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. Alors, approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer son propre moi qu’en pleine maturité de sa force. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses.  Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez là votre esprit. Tentez de remettre à flot de ce vaste passé les impressions coulées. Votre personnalité se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, fermée aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-même, de cette plongée dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons.  Vous n’essaierez pas d’intéresser des revues à ces travaux, car vous en jouirez comme d’une possession naturelle, qui vous sera chère, comme l’un de vos modes de vie et d’expression. Une oeuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Aussi, cher Monsieur, n’ai-je pu vous donner d’autre conseil que celui-ci : entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C’est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous créer ? De cette réponse recueillez le son sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l’Art vous appelle. Alors prenez ce destin, portez-le, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la Nature à laquelle il s’est joint.
Il se pourrait qu’après cette descente en vous-même, dans le « solitaire » de vous-même, vous dussiez renoncer à devenir poète. (Il suffit, selon moi, de sentir que l’on pourrait vivre sans écrire pour qu’il soit interdit d’écrire.) Alors même, cette plongée que je vous demande n’aura pas été vaine. Votre vie lui devra en tout cas des chemins à elle. Que ces chemins vous soient bons, heureux et larges, je vous le souhaite plus que je ne saurais le dire.
Que pourrais-je ajouter ? L’accent me semble mis sur tout ce qui importe. Au fond, je n’ai tenu qu’à vous conseiller de croître selon votre loi, gravement, sereinement. Vous ne pourriez plus violemment troubler votre évolution qu’en dirigeant votre regard au dehors, qu’en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l’heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner.
J’ai eu plaisir à trouver dans votre lettre le nom du professeur Horacek. J’ai voué à cet aimable savant un grand respect et une reconnaissance qui durent déjà depuis des années. Voulez-vous le lui dire ? Il est bien bon de penser encore à moi et je lui en sais gré.
Je vous rends les vers que vous m’aviez aimablement confiés, et vous dis encore merci pour la cordialité et l’ampleur de votre confiance. J’ai cherché dans cette réponse sincère, écrite du mieux que j’ai su, à en être un peu plus digne que ne l’est réellement cet homme que vous ne connaissez pas.
Dévouement et sympathie.
Rainer Maria Rilke.
Lettres à un jeune poète (Introduction)
Le livre de poche (environ 5€uros)


mercredi 30 janvier 2013

Dans la chambre d’à côté N° 163


Un poème en larmes.
              ...
Je me disais alors, je leur disais, je vous disais :
Je vous en prie, laissez-moi  le temps,
…
Encore,
Encore et encore
Encore un peu de temps pour pleurer mieux.
Encore
Encore et encore
…
Je n’ai pas encore pleuré.

ô


Manuel
Qu’êtes vous généreux dans vos :
Ô
Très Chère
Je vous embrasse
Votre
Moi je ne sais faire
Vous haïssez, je haïs non !!!
Je titille, j'agace, je pique c'est ainsi
Pas de réponses à ...
Gardez vos énigmes.
Je n'ai pas encore sévi pour confectionner
vos délicieuses "idioties" chocolatées
je ne suis pas fortiche en dessert,
Aujourd’hui « Karambole » avec Suzy, c'est mon programme
Fête oblige
Manuel ce matin donc, vous ne voulez rien livrer
Vous préférez "essayez de comprendre"
Cela me plait
mais "Arnaud Desjardins" parfois me fait frémir
" Soyez un avec l’autre, ne laissez plus l’écran de votre ego s’interposer entre l’autre et vous". Je ne peux y adhérer.
Rassurez-vous, c'est sur une musique, grâce à vous,
d' Angelo Debarre - Thomas Dutronc « Manoir de Mes Rêves »
Oui une petite merveille cette veillée manouche de 59 minutes,
que je resterai attentive tout au long du jour.
GeM

mardi 29 janvier 2013

Essayons de comprendre.


"Ne jugez pas, sinon vous ne sortirez pas du monde du jugement, vous jugerez les autres, vous vous jugerez vous-mêmes, vous jugerez tout, la pluie et le beau temps.
Renoncez à la justice habituelle et essayez de comprendre. Avant l’amour vient la compréhension : la compréhension qu’en effet des lois psychologiques font que les êtres agissent comme ils agissent, sont déterminés et conditionnés à agir comme cela. Tels qu’ils sont ils ne peuvent pas agir autrement. Idéalement et en théorie, oui, mais il faudrait qu’ils aient une autre éducation, un autre inconscient et d’autres glandes endocrines.
Soyez un avec l’autre, ne laissez plus l’écran de votre ego s’interposer entre l’autre et vous".
Arnaud Desjardins.

lundi 28 janvier 2013

A la chocolaterie de l'hôtel.

Intérieur de la "Granja Viader" à Barcelone (chocolaterie)

Pour faire d'excellentes truffes !
Achetez-moi vite fait 150gr de chocolat de votre choix s’il vous plait à 69% de cacao (hum miam-miam).
Prenez une "caserole" versez y 110gr de crème liquide (la moins allégée possible, donc bien grasse) Quelle grâce!
Et si je puis m'exprimer ainsi dans la foi, par mon foie mon dieu! Ne pas oublier les 20gr de beurre (ô punaise !)
Porter à ébullition la crème (mais avec soin cette mise en « bulle bouillante ».)
Versez-y le chocolat qui va fondre et les 20gr de beurre.
Aaaaah!
Puis touillez doucement, avec envie, avec extase; presque amoureusement vôtre pâte.
Versez la lave chocolatée dans un moule carré ou rectangulaire creux de 3 à 4 cm pour faire de ce conglutina onctueux un moelleux chocolaté que vous découperez après l'avoir laissé se reposer une trentaine de minutes .
Alors, presque assoupi, (le chocolaté) après l'avoir façonné en petits cubes (une centaine environ) vous roulerez ceux-ci dans la paume de vos mains pour en faire vos délicates et délicieuses truffes.
Enfin faites rouler les truffes sur un poudrage de bon cacao ; d'écorces d'oranges, de vanille ; que sais-je...
Goûtez à deux ou à plusieurs mais toujours en amoureux, en amitié vos truffes que vous verserez ensuite dans des ballotins afin, de les offrir à vos amis. (N'oubliez pas le concierge de l'hôtel) ou présentez les sur le comptoir de la réception dans une corbeille joliment et joyeusement décorée.
Pour rappel:
 Il est strictement interdit de confectionner des truffes dans votre chambre.
Non?!
Si!

Des truffes, des chocolats gouteux:
A L'Etoile d'Or
Chez Denise Acabo
30 Rue Pierre Fontaine  75009 Paris
01 48 74 59 55

mercredi 23 janvier 2013

Petit salon de musique Guillaume Depardieu.

Tous les matins du monde

Tous les matins du monde est un roman écrit par Pascal Quignard et publié en 1991. Il est adapté la même année au cinéma sous le même titre par Alain Corneau. L'écriture du roman-scénario est de de Pascal Quignard.


lundi 21 janvier 2013

L'autre jardin


La scène est à la campagne comme précédemment


…
Eglé, regardant. Ah ! Carise, approchez venez voir, il y a quelque chose qui habite dans le ruisseau qui est fait comme une personne, et elle parait aussi étonnée de moi que je le suis d’elle.
Carise, riant. Eh ! Non, c’est vous qui vous y voyez, tous les ruisseaux font cet effet là.
Eglé. Quoi ! C’est à moi, c’est mon visage ?
Carise. Sans doute.
Eglé. Mais savez-vous bien que cela est très beau, que cela fait un objet charmant ? Quel dommage de ne pas l’avoir su plus tôt !
Carise. Il est vrai que vous êtes belle.
Eglé. Comment, belle, admirable ! Cette découverte m’enchante (elle se regarde encore.)
Le ruisseau fait toutes mes mines, et toutes me plaisent. Vous devez avoir eu bien du plaisir à me regarder Mesrou et vous. Je passerais ma vie à me contempler ; que je vais m’aimer à présent !
Carise. Promenez vous à votre aise, je vous laisse pour rentrer dans votre habitation, où j’ai quelque chose à faire.
Eglé. Allez, allez, je ne m’ennuierai pas avec le ruisseau.

La dispute
Marivaux (1688-1763)
www.librio.net
Coût 2€uros