Inauguré en juin 1903, cet hôtel de 359 chambres (dont dix neuf sont offertes aux indigents) plus une suite "Françoise Sagan" fut revisité par les architectes en 1920 dans un style « Art déco ». Il est situé au cœur même de la ville dans un cadre reposant et magnifique bordé de jardins.
Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.
samedi 11 mai 2013
vendredi 10 mai 2013
Robert Ganzo : « Entre fleuve et pierre »
Le Matricule des anges sur Robert Ganzo :
Revue n° 037
(Décembre 2001-février 2002).
« J'ai connu l'homme
tardivement, peu d'années avant sa mort, mais à quatre-vingt-quinze ans, il
restait d'une vitalité et d'une présence étonnante, aux gestes vifs, à l'attention
jamais démentie. L'écriture était ferme. Il continuait à fumer la pipe,
travaillait encore à un futur poème. Il ressemblait un peu, par la densité, à
ces pierres qu'il ramassait dans les forêts et dont il était convaincu qu'elles
évoquaient des têtes humaines ou figuraient des profils qu'il identifiait. Des
deux placards, dans son appartement proche du Trocadéro, l'un recelait ses
livres les plus précieux, tandis que l'autre, fermé à clef comme un trésor,
contenait sa collection de pierres choisies pour leurs formes insolites,
anthropomorphiques ou pour leurs dessins gravés par les millénaires et dont il
aimait traduire le graphisme sur une feuille qu'il vous donnait en partant.
Face à ce monde lithique, il y avait en lui, préservé jusqu'au dernier souffle,
cet émerveillement de l'enfant qui reste le secret du poète ».
Franck Venaille.
Poète et résistant, Robert Ganzo (1898-1995) fut un continuateur conséquent du courant Mallarmé-Valéry. Ami des peintres et des poètes, il fut frappé de fièvre lithique et, passionné par la préhistoire, devint aussi celui des pierres.
Poète et résistant, Robert Ganzo (1898-1995) fut un continuateur conséquent du courant Mallarmé-Valéry. Ami des peintres et des poètes, il fut frappé de fièvre lithique et, passionné par la préhistoire, devint aussi celui des pierres.
Robert Ganzo incarnait ce paradoxe d'avoir été danseur à
Bruxelles -il publiera en 1930 Du dancing ou le danseur sentimental- avant de
devenir bouquiniste puis libraire à Paris, rue de Vaugirard, d'être né à
Caracas, en 1898, mais d'être poète français, de se vouloir peintre à ses
heures. "Je suis un peintre préhistorique" aimait-il dire et d'avoir
fini par délaisser la poésie pour remonter précisément vers la préhistoire dont
il se fit le théoricien rebelle... Comme si, après avoir descendu le fleuve
Orénoque dans l'un de ses plus beaux poèmes, il en avait remonté le cours
jusqu'aux sources les plus secrètes de l'humanité. Mais, après tout, la danse
peut être une poésie en mouvement et la préhistoire une face cachée de la
poésie : celle-ci pour lui était une rêverie qu'il tentait, au grand dam des
spécialistes, d'arrimer dans une cale qu'il voulait théorique sans en renier la
poésie.
Peut-être est-ce cette diversité de talents, toujours mal
vue en France, qui l'empêcha d'accéder à une plus vaste audience : Robert
Ganzo, poète, aura frôlé le renom sans jamais connaître le véritable succès et
ce malgré une très longue existence de quatre-vingt-dix-sept ans.
S'il ne fut pas célèbre, Ganzo ne fut pas ignoré. Ses pairs
le reconnurent. Si Valéry s'inquiétait un peu de ce titre d'Orénoque que Ganzo
donna à l'un de ses recueils, il ne lui ménagea ni son estime ni son attention.
Léon-Paul Fargue préfacera dès 1938 ses Sept chansons pour Agnès Capri où le
poète renoue avec la tradition de la chanson populaire au même moment que
Desnos et Prévert.
Comment ne pas rappeler au passage que Ganzo fut un des
poètes dont les républicains espagnols récitaient les strophes ci-dessous :
TRACTS, Ed. Jean Aubier 1947
"Mais c'est si loin Shanghai/ et c'est si loin Madrid/
que ce grand cri vous ne puissiez l'entendre" (Aux égarés).
De même qu'en ces années, ce qui deviendra le poème Tubize
est récité, en France, dans les usines en grève :
"Dans cette usine ça sent l'éther/ et dans l'éther
peinent les filles."
Certes ces quelques titres n'auraient pas suffi à faire de
Robert Ganzo un poète de haut rang, ce qu'il est indubitablement. Entre 1937 et
1954, paraît l'essentiel de son œuvre poétique : un maigre volume (une centaine
de pages) mais d'un superbe éclat et d'une rare densité. Œuvre en deux temps
qui naît avec Orénoque (1937), se poursuit avec Lespugue (1940), Rivière
(1941), Domaine (1942) et reprend après-guerre avec Langage (1947), Colère
(1951) et Résurgences (1954) qui marque en quelque sorte son éloignement de la
poésie.
En plus d'un sens, Robert Ganzo est l'un des très rares continuateurs authentiques du courant Mallarmé-Valéry, mais en plus cosmique et mêlant superbement ellipses et correspondances le classicisme et la modernité. Lespugue qui paraît l'année où Lascaux est découvert, est sans doute le premier grand poème inspiré par la préhistoire, rencontre ou remontée vers la femme première, à la fois humaine et cosmique :
En plus d'un sens, Robert Ganzo est l'un des très rares continuateurs authentiques du courant Mallarmé-Valéry, mais en plus cosmique et mêlant superbement ellipses et correspondances le classicisme et la modernité. Lespugue qui paraît l'année où Lascaux est découvert, est sans doute le premier grand poème inspiré par la préhistoire, rencontre ou remontée vers la femme première, à la fois humaine et cosmique :
"Ta chair immense que j'étreins/ riait et pleurait dans
ma moelle, / et je trouve, au fond de tes reins/ la chute sans fin d'une
étoile."
Le matricule des anges
De Robert Ganzo: Si même...
Si même...
Si même il ne restait qu'un écriteau sur
terre :
"défense de pêcher car c'est notre
rivière" :
nous serions révolutionnaires.
Si même il ne restait qu'un prince sur la
terre,
qu'un prince et sa couronne et son divin
mystère,
nous serions révolutionnaires.
Si même il ne restait, aux confins de la
terre,
qu'un douanier gardant un mètre de frontière,
nous serions révolutionnaires.
Si même il ne restait qu'un canon sur la
terre,
rien qu'un canon et rien qu'un dernier jour
de guerre,
nous serions révolutionnaires.
Si même il ne restait qu'un bagne sur la
terre,
qu'une seule catin, qu'une seule misère,
nous serions révolutionnaires.
Et s'il ne restait sur la terre,
Sur terre, parmi nous enfin
qu'un prolétaire avec sa faim,
nous serions révolutionnaires.
Robert Ganzo
(Extrait de tracts)
TRACTS, Ed.Jean Aubier 1947
Puis André Gide d’écrire :
Le monde ne sera sauvé,
s'il peut l'être, que par des
insoumis.
Sans eux, c'en est fait de
notre civilisation,
de notre culture, de ce que
nous aimions
et qui donnait à notre
présence sur terre
une justification secrète.
Ils sont,
ces insoumis, "le sel de
la terre"
et les responsables de Dieu.
André Gide
dimanche 5 mai 2013
Deuxième sépulture:
Lorsque le jeune
empereur vit son ami Xia tomber à ses pieds terrassé par la souffrance, on
raconte qu’il posa la tête de celui-ci
au revers de sa cuisse droite; lui caressant longuement le visage en murmurant
un chant ancien.
On raconte l’indicible moment. Xia était mort, on raconte
cela. On raconte que le prince, jeune empereur faisant le chemin inverse aperçu
sous le même cerisier le cadavre de Xia gisant décharné sous une
constellation de pétales.
On raconte que s’asseyant dans l’herbe, au milieu des
pétales mouillés,
Jambes allongées ; qu’il tira vers lui la dépouille du
brigand. Qu’il posa la tête de Xia presque vidée de sa chaire sur sa tunique moirée au niveau de son ventre. On raconte alors que cette noble personne dévisagea (comme un cri de douleur) l’orbite presque
vide du cadavre. On raconte que le doux homme se laissa pleurer jusqu’au lendemain,
au moment du soleil levant et que le sel de ses larmes brulèrent les lèvres et
les restes de parfums de Xia.
…
On raconte l’épouvante de chacun passant sur ce versant du
coteau. Quand chacun dans une légère bruine apercevait un corps décharné veillé
d’une bien étrange façon.
On disait encore dans tout l’empire : que dépourvu de courage, notre souverain fut pris d’un
ineffaçable chagrin.
Et de mémoire l’on me dit à l’heure des toasts
Que craignant d’être dupé un jour par son ami, notre céleste
personne aurait préféré plutôt que de connaitre cela
le glissement du sabre de Xia au niveau creux de l’abdomen.
Le temps passait, puis ce fut hier.
Un homme triste, me confia encore à moi marchand d’arcs et
de flèches que pris d’une solitude
extrême le jeune prince se donna la mort par pendaison.
On raconte…
Mais peu importe le conte
Ne vous dit-on pas, encore cette nuit qu’a la lueur de la
lune
Xia, murmure un chant ancien.
Que ne dit-on pas ?...
A la lueur rouge et jaune des lanternes.
mercredi 1 mai 2013
dimanche 28 avril 2013
Shi Nai-an (1296 ? - 1370 ?)
Au bord de l’eau (shui-hu-zhuan)
Cinq Dynasties :
ère de troubles et ravages !...
Un jour enfin le ciel
reparut sans nuages.
Les plantes se
couvrirent de fleurs perpétuelles,
Comme abreuvées de
pluie et de rosé nouvelle.
Le même écartement des
essieux des voitures,
L’uniformisation des
signes d’écriture,
Répandus désormais en
tous lieux, faisaient foi
Que la chine était
unifiée comme autrefois.
C’était chose commune,
par les rues et venelles,
Que de grands déploiements
de soies et de brocards,
Tandis que des
concerts, musiques, ritournelles,
Montaient des cabarets
et des pavillons. Car
Dans l’empire entier
régnait la paix parfaite
Et les jours s’écoulaient
comme des jours de fête :
Bonheur de l’indolence
et de l’oubli du temps
Parmi loriots et
fleurs d’un éternel printemps !
"Au bord de l'eau" Volume 1 traduit du chinois, présenté et annoté par Jacques
Dars
Editions Folio 1142 pages.
mardi 9 avril 2013
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