Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.

lundi 31 décembre 2012

Dernier billet d’humeur sans dédicace.

L'étang près du monastère
Copyright: Marion Lamy

Ainsi lorsque nous mourrons, parce que trop pudibonds, personne ne devra connaitre nos derniers instants de caresses quand nos mains se frôlaient pour le plaisir; pour un ultime adieu.
Alors lorsque nous mourrons personne en dehors de moi orphelin de vous ne devra connaitre la couleur de nos larmes, ce goût âpre, amer et si particulier (comme une pierre que l’on lèche) de la vie qui sen va.
Alors lorsque je ; ou vous mourrez, nous ferons publier sur des machines à retranscrire la dernière banalité. Notre dernier mensonge auquel plus personne ne croira.
« Ils sont morts suite à une longue maladie ».
Ces gens là, qui sont morts manquaient sans doute d’élégance pour terminer si proprement leur vie. Aucune souillure, rien ; un passage dans leur siècle à ne rien dire à ne rien faire qui puisse attirer notre attention.
Puis, je ou vous fermerez violemment la porte de la chambre où il mourra ; oui c’est ça encore plus fort !
Puis mon âme et vous-même,  irez vomir au coin de la rue notre mensonge sur notre maladie ou notre misère, celle des autres ; l’affreuse misère des autres!
Des sans abris.
Pour ne pas avoir dit La couleur de vos yeux, le touché de votre peau ; ce dernier baiser sur nos bouches et l’odeur des draps où la mort se couche je noircirai le monde de dédain. Orphelin de vous ou de lui, comme un gueux je pisserai devant chacun un ruisseau nauséabond d’indifférences.
Et je m’épuiserai enfin à crier follement avec tendresse vos  prénoms.
A crier au monde
Ne fermez plus les portes des chambres des mal-aimés.
Quelques soient leur odeur.

Il sera minuit.


... 2013 pointe son nez
Prenez soin de vous; de chacun, prenons soin des autres.

jeudi 20 décembre 2012

Pierre Emmanuel.


                               "J'ai 23 ans, je n'ai jamais embrassé de fille »


Savannah Bay


Madeleine
Qu’est-ce que c’est ?
Jeune femme
C’est jean et Hélène. Ils ont apporté un disque pour vous. (Temps).  Ils sont repartis.
Madeleine
Ah bon…
La jeune femme caresse les mains de madeleine, les embrasse. La voix de la chanteuse cesse.
Jeune femme
Vous reconnaissez cette chanson ?
Madeleine (hésitation)
C’est-à-dire… un peu…
Temps long.
Jeune femme
Je vais la chanter et vous, vous répéterez les paroles.
Madeleine ne répond pas. Elle fait une légère moue. La jeune femme la regarde avec gravité.
Jeune femme
Vous ne voulez pas ?
Madeleine
Si… Si… je veux bien…
La jeune femme continue à regarde madeleine avec une gravité intriguée. Madeleine passe la main sur le visage de la jeune femme.
Madeleine
Vous êtes ma petite fille ?
Jeune femme
Peut-être.
Madeleine (cherche)
Ma petite fille ?... ma fille ?...
Jeune femme
Oui, peut-être.
Madeleine (cherche)
C’et bien ça ?
Temps. Silence Madeleine ferme les yeux et caresse la tête de la jeune femme comme une aveugle le ferait. La jeune femme se laisse faire. Et puis Madeleine lâche la tète, ses mains retombent, désespérées.
Madeleine (temps)
Je voudrais qu’on me laisse tranquille.
Jeune femme
Non.
La jeune femme prend les mains de madeleine et les pose sur sa propre tête pour qu’elle continue à caresser « la troisième absente ». Les mains de madeleine retombent encore désespérées. La jeune femme abandonne.  Mains inertes des deux femmes.
Jeune femme
Vous vous ennuyez ?
Madeleine
Non.
Jeune femme
Jamais ?
Madeleine (simple).
Jamais.
Silence. La jeune femme chantonne « les mots d’amour ». On dirait que Madeleine cherche d’où vient le son Arrêt du chant. Puis la jeune femme commence à chanter la chanson de façon ralentie tout en prononçant les paroles de façon très intelligible.

Savannah Bay (Extrait)
Une oeuvre de Marguerite Duras.
les éditions de minuit